Voyage au Montana
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Butte. En haut, sur la crête, la Mountain Con Mine.
J'ai d'abord entendu Personville prononcé Poisonville au bar
du Big Ship à Butte. C'était par un rouquin nommé Hickey Dewey, ouvrier
chargeur à la mine. Il disait aussi T-shoit au lieu de T-shirt.
Je n'ai rien pensé alors de ce qu'il avait fait subir au nom de la
ville. Plus tard, j'ai entendu des hommes qui savaient articuler leurs
« r » utiliser la même appellation. Je n'y voyais toujours
rien de plus que cet humour dépourvu de sens qui fait dire aux voleurs
Rick Sionaire à la place de dictionnaire.
Quelques années plus tard, je suis allé à Personville et j'ai compris.
D'une des cabines de la gare, j'appelai le Herald, je demandai Donald Willsson
et lui signalai mon arrivée. « Vous voulez bien venir chez moi ce soir, à dix heures ? »
Il avait une voix claire et agréable. « C’est au 2101 Mountain
Boulevard. Prenez le tram sur Broadway, descendez à Laurel Avenue,
c'est deux rues plus loin vers l'ouest. »
Je promis de suivre ses indications. Je me rendis au Great Western
Hotel, y déposai mes bagages et ressortis pour examiner les lieux.
La ville n'était pas jolie. Ses bâtisseurs, pour la plupart, avaient
choisi le tape-à-l’œil. Peut-être avec un certain succès au début. Le
temps passant, les hauts fourneaux, dont les cheminées de brique se
dressaient au sud, devant une montagne morne, avaient tout rendu
uniformément crasseux en le recouvrant d'une suie jaunâtre. Le résultat
était une ville laide de quarante mille habitants, nichée dans une
gorge laide, entre deux montagnes laides entièrement souillées par
l'exploitation de la mine. Tendu au-dessus de la ville, un ciel
brouillé semblait monter des hauts fourneaux.
Voici comment, en 1929, Dashiell Hammett décrit
la ville de Butte dans les premières pages de son premier roman Red Harvest.
(Il s'agit ici de la nouvelle traduction de 2009 établie par Natalie
Beugnat et Pierre Bondil. Moisson rouge, Gallimard, Série Noire.
Voir aussi notre discussion sur la traduction).
En
1917, une grève des mineurs est brisée à Butte, par le lynchage du
meneur
principal, Frank Little du syndicat IWW, acte qui fut attribué à des
gens de l'agence Pinkerton, sous contrat avec la direction de la mine.
Avant d'inventer le roman policier noir, Hammett a été détective privé à
l'Agence Pinkerton, de 1915 à 1922. A ce titre, l'Agence l'envoya casser des grèves à Butte, Montana. Il démissionna.
Cette expérience lui fournira l'inspiration pour ses écrits.
Quatre-vingt trois ans plus tard, la neuvième édition (2012) du guide touristique
américain Frommer's Montana and Wyoming présente Butte ainsi (p. 146).
Butte n’est sans doute pas, pour la plupart des gens, la destination rêvée pour des vacances.
Et pourtant, cette ville est l’âme cachée du Montana. Le développement,
au 19ème siècle, de Butte, ville minière ouverte et agitée, a attiré de
nombreuses personnes, de groupes raciaux et ethniques différents. Butte
a toujours été une ville au syndicalisme fort, dans une région et un
état dédaigneux de l’activité syndicale. Cette tradition syndicaliste
et socialiste, qui plonge ses racines dans l’époque faste de la ville,
a contribué au maintien durable d’une forte tradition politique
progressiste.
Le surnom de Butte « la colline la plus riche de la terre »
est du à sa production de cuivre, d’argent, et autres métaux précieux.
Dans les années 1880, Butte était le premier producteur de cuivre du
monde. En 1955, la colline la plus riche du monde a commencé à devenir
l’un des plus grands trous du monde. Le Berkeley Pit était la mine de
cuivre à ciel ouvert la plus rentable. La fosse s’est élargie tellement
qu’elle en a presque englouti la ville. Mais, après sa fermeture, dans
les années 1980, l’infiltration des eaux souterraines à travers le
labyrinthe des tunnels, a créé un gigantesque problème de pollution.
L’eau de la ville, potable, a été polluée par cette mer toxique. Le
problème est désormais pris en charge par une usine de retraitement de
l’eau qui a ouvert en 2003 pour un coût de 20 millions de dollars.
(Traduction Jean Caillaud, 2014).
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Photographies prises lors de notre séjour au Montana, août 2014.

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Au fond, à gauche, Butte sur sa colline.
A droite, le Berkeley Pit, creusé à la place des villes de Meaderville, Dublin Gulch, et McQueen.

Le
Berkeley Pit, environ 1600 m. par 800 m., est rempli d'eau polluée et
acide sur une profondeur de plus de 300 m. Le vieux gardien de nuit de
l'hôtel Finlen m'a raconté qu'un jour, des oies qui passaient par là,
décidérent de se poser sur ce joli lac. "They dissolved !!!" me dit-il.
Depuis, régulièrement des feux d'artifices sont tirés pour effrayer les
oiseaux. (Voir http://www.pitwatch.org )

One mile high, one mile deep ! The Steward mine headframe.
Le sous-sol de Butte est un gruyère
de galeries de mines. La ville est située à environ 1600 mètres
d'altitude. La mine la plus profonde descend jusqu'à moins 1600 mètres,
au niveau de la mer.

The historic Original Mine headframe.

The Butte Water Company historic building.



A quelques miles au nord de Butte, la petite ville minière de Walkerville.
The Lexington mine headframe.

Et juste à côté, au nord-est de Butte, encore des carrières et de l'eau
polluée, le Yankee Doodle Tailings Pond, beaucoup moins réputé que le Berkeley Pit.
http://www.pitwatch.org/above-the-pit-the-yankee-doodle-tailings-pond/

Si vous allez à Butte ne manquez pas de visiter
le World Museum of Mining sur le site de la "Orphan Girl mine".

The Orphan Girl mine headframe.


On peut descendre au fond d'un puits et y admirer des
muckers.

Enfin n'hésitez pas à loger au magnifique Finlen Hotel qui vous mettra dans l'ambiance Années 20.
Peut-être est-ce le Great Western Hotel" décrit par Hammett dans
Moisson Rouge
Le prix des chambres reste très modeste comparé à la splendeur de la décoration.

The Finlen lobby.

The Finlen ballroom.

The Finlen from North Wyoming street.

The Finlen : 2nd floor.

The Finlen : a room.
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